*~Fouinez~*

~*LeJourDit*~

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Ateliers d'écriture

Vendredi 11 novembre 2005
Cher F.,

Je me permets de vous écrire cette lettre qui va vous sembler surprenante et certainement vous décevoir... même si je caresse le secret espoir que cette déception ne sera que temporaire et vous ouvrira d'autres horizons, nouveaux et colorés.

D'abord, je dois vous demander de m'excuser.

Vous comprenez, c'était déjà la 4ème lettre que je recevais, au nom de Melle Thibault Carine, et à l'adresse que vous indiquiez. J'habite dans cet appartement depuis 4 ans maintenant et c'est la première fois que je reçois du courrier qui ne m'est pas adressé...

J'ai tout de suite vu que la première lettre, envoyée au mois de Septembre, n'était pas pour moi... Je reçois très peu de courrier en dehors des factures et des publicités, alors en soupesant l'enveloppe et en l'examinant de plus près, j'ai bien vu que ce nom, tracé d'une écriture vive et irrégulière, n'était pas le mien.
Je m'appelle Tibaut Corinne. Tibaut, sans le H ni le T. Corinne, pas Carine.
Alors je l'ai remise le lendemain au facteur en lui indiquant que la destinataire "n'habite pas l'adresse indiquée". Votre nom, F. Argentin, et votre adresse étaient indiqués au dos, je pensais ne plus jamais avoir à les lire.

La deuxième lettre, au mois d'Octobre, m'a un peu agacée, je l'avoue. Je reçois, je le répète, très peu de courrier. Et de lettres jamais, pour être tout à fait honnête. Je pensais avoir fait ce qu'il fallait, en vous la retournant.
Alors en recevoir une nouvelle qui n'était pas pour moi, vous pouvez imaginer à quel point cela pouvait être frustrant.
Cette lettre, je vous l'avoue non sans honte, je l'ai déchirée et jetée.

La troisième lettre, du mois de Novembre, je l'ai gardée longtemps sans l'ouvrir. J'ai commencé par l'examiner avec soin. Essayer d'analyser votre écriture, que je trouvais masculine, bien sûr, suppliante et passionnée. Décortiquer votre adresse, observer le cachet de la Poste, vous imaginer glissant l'enveloppe dans une boite aux lettres du Havre...
Je vous ai rêvé marin ou pêcheur... L'enveloppe comportait des traces d'humidité. Je vous imaginais sur le port dans l'air gris et le crâchin...
Je passais mon temps à regarder, à caresser votre lettre. Souvent, j'avais envie de déchirer l'enveloppe pour enfin savoir. Puis, j'imaginais ma déception en découvrant que vos mots n'étaient pas destinés à susciter l'amour mais à récupérer quelque argent ou matériel oublié.
Alors je la reposais sur ma table de nuit et j'essayais de ne plus y penser.
Au bout de quelques mois, je me suis dit que vous nous aviez oubliées, Carine et moi, et j'ai rangé la lettre au fond d'un tiroir.

En ce début Mai, je croyais vous avoir tout à fait oublié.
Pourtant, en prenant mon courrier, j'ai senti mon coeur sauter dans ma poitrine. Et c'est en tremblant que j'ai saisi cette quatrième lettre que vous avez écrite.

Je suis rentrée chez moi, je me suis assise près de la fenêtre, et je l'ai longtemps observée, posée sur mes genoux, mes doigts hésitant à la décacheter.
Puis n'y tenant plus, je l'ai ouverte.

Mes yeux s'étaient tellement âbimés à scruter votre écriture que j'ai été surprise qu'elle puisse former d'autres mots que ceux griffonnés sur les enveloppes.

D'abord, les premiers, froids, cinglants, ont été pareils à des gifles...
Comment pouviez-vous m'accuser ainsi d'égoïsme ou d'indifférence?
Il a fallu que je me reprenne, que je me pince pour réaliser qu'ils n'étaient pas pour moi.
Puis, au fil des lignes, les mots glacés gagnaient en profondeur et je sentais leur dure carapace se craqueler, laisser perler de la déception, de la détresse, du désespoir...
J'en ai été touchée au plus profond. Je suis loin d'être aussi insensible que Carine! J'ai beaucoup souffert d'amour, moi aussi, vous pouvez me croire.
Au décours des phrases suivantes, j'ai saisi des éclairs de foi en l'avenir et en l'amour.
Et voici que vos mots devenaient chaleureux, tendres, enveloppants... et je me laissais bercer par eux et je me sentais bien. Votre amour est si beau! Jamais on ne m'a aimée si bien!

Hélas, j'aurais voulu me laisser porter toujours par ces sentiments purs et vivants... mais votre lettre est claire: si je... pardon, si Carine, n'y répond pas, elle sera bel et bien la dernière.

Et je ne veux plus vivre sans vos mots, sans l'espoir d'en lire de nouveaux...

J'ai ouvert la 3ème lettre hier soir. Je ne peux même pas vous décrire ce que j'ai ressenti en la lisant. Dans votre passion, je crois me voir. Vous êtes mon double, assurément, c'est comme si votre pensée pouvait s'emboiter tout exactement dans la mienne. Je n'ai pas pû dormir, agitée par la fièvre, le désir de vous connaitre et de mériter que vous écriviez ces mots pour moi... De temps en temps, je sentais tomber sur moi un voile glacé: la peur que tout s'achève ainsi.

C'est pourquoi j'ai décidé de vous écrire...
Votre Carine ne vous méritait pas, je pense, pour s'être ainsi éloignée de vous. Et elle vous a vraissemblablement trompé quant à ses coordonnées.
Vous vous êtes battu pour regagner son amour, mais en vain, puisqu'elle ne vous a pas lu.
En vain? Vraiment? Oh non, vous pouvez le croire. L'amour que vous avez fait naitre en moi est mille fois plus fort que celui que vous pouviez espérer de Carine.
Je vous en supplie, laissez moi la chance de vous le montrer.

Ecrivez-moi. Ecrivez-moi. Ecrivez-moi.

Votre C.
Par Jeromfan
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Vendredi 11 novembre 2005

Dimanche 07 Septembre.

Et voilà. Obligée de bosser un dimanche. Tout ça parceque c’est la rentrée et qu’ils doivent tous acheter leurs cahiers format A4 petits carreaux et leurs bics 4 couleurs.
Remarque, je ne sais pas de quoi je me plains, je vais toucher un peu plus et de toutes façons, je m’emmerde toujours, le dimanche.
...
Me voilà rentrée. Il y avait un monde fou. J’ai dû tout passer à toute vitesse. Que des familles avec de grands enfants. Ca râlait ferme sur le prix du classeur Harry Potter ou de la trousse Dora. Inintéressant.
En plus, je me suis encore pris la tête avec Véro pour une histoire de papier de caisse... je sens que je vais finir par exploser.
Un mec, probablement divorcé, m’a fait une drague un peu lourde sous les yeux de son fils. Il essayait de deviner mon prénom à partir de mon initiale, m’a demandé si mon n° de téléphone figurerait sur le tiquet de caisse... J’avais honte pour lui.
Demain je bosse de soir. Ca va être plus intéressant. J’espère que je vais le voir.

***

Lundi 8 septembre.

Bonne journée.
Ce matin, j’étais réveillée aux aurores. Il faisait beau. J’ai eu envie de sortir pour prendre l’air. Mais vaquer seule et sans but, je ne sais pas faire. Je devrais peut-être me trouver un chien.
Tout à coup, j’ai eu une illumination: et si j’allais courir?
J’ai retourné mon appartement à la recherche de mes vieilles baskets... qui étaient en fait sagement rangées dans une boite en haut du placard du couloir. C’est toujours les choses que je range que j’ai le plus de mal à retrouver... Ma mère ricanerait de m’entendre parler de mon bazar organisé.
Je suis allée courir dans le bois, derrière la résidence. Il faisait doux et clair et l’air sentait bon l’air, et la nature était calme. Je n’entendais que les oiseaux, et le bruissement des feuilles et à peine le murmure des trains au loin.
Quand la fatigue a commencé à venir, je me suis concentrée sur ma respiration et je me suis écoutée. Je suis devenue une sorte de spectatrice de mon propre effort, comme si je n’avais qu’à entendre mon souffle rythmé, profond, rauque. Comme si je n’avais qu’à sentir mon coeur battre à mes oreilles et dans mon cou. Comme si je n’avais qu’à apprécier le contact du sol sous mes pieds. De temps en temps, je sentais mon souffle accélérer, devenir haletant. Puis il reprenait son rythme de croisière.
C’était bon. Il a commencé à manquer vraiment et je suis revenue à mes jambes, à mes bras, et surtout à ma tête qui me disait "oui, eh bien tu en as fait assez pour aujourd’hui, en plus, après quoi est-ce que tu cours?"
J’ai regardé ma montre. Cela faisait 20 minutes. J’ai marché. J’étais un peu perdue, n’ayant pas prêté attention aux chemins que je prenais. Mais au loin, le passage des trains me guidait.
En rentrant, je me suis allongée, j’ai transpiré, je me suis douchée. J’étais bien. J’aimais mon corps qui acceptait de courir quand je le lui demandais.
Ensuite, je suis partie au magasin.
J’ai pris ma caisse et j’ai attendu. Attendu midi. Il n’est pas venu.
Mais c’était une bonne journée. J’ai vu mes vieux amoureux.
Je ne sais pas quel âge ils peuvent avoir. C’est un petit couple frêle, qui avance dans la vie à pas mesurés mais sûrs encore. Ils sont toujours habillés de vêtements sans âge, passés mais impeccables. Ils parlent peu mais sont toujours polis. Entre eux, on sent qu’il n’y a pas besoin de mots. Leurs regards sont lavés, comme leurs habits, mais pétillent encore de fraicheur et d’humanité. Leurs mains se touchent et toute la tendresse du monde semble les unir.
Ils viennent toujours à ma caisse.
Je les vois arriver en me souriant timidement. Je passe les articles lentement, afin qu’ils puissent ranger dans leurs 2 paniers avec toute la méticulosité voulue leurs fromages, leurs yaourts aux fruits, leur shampooing doux, leurs savonnettes... et le vendredi, le rôti qu’ils offrent probablement à leurs enfants en visite.
Le monsieur sort de son portefeuilles en cuir un chéquier soigneusement replié et écrit à belles lettres tremblotantes, avec un joli stylo de ceux que l’on reçoit en cadeau.
Quand je vois cette permanence et cette sérénité, ça me donne confiance en l’avenir.
Même si j’ai peur que tout ça ne soit jamais pour moi.
***
Dimanche 14 Octobre

Hier soir, je ne savais pas quoi faire. Comme d’habitude. Les autres m’ont proposé de sortir avec eux. Je me demande pourquoi ils m’appellent. Peut-être pour avoir quelqu’un pour passer leurs humeurs et les faire rigoler.
Ils boivent toujours trop. Ils me traitent tantôt comme un vieux pote, tantôt comme une poupée.
Je suppose que je ne vaux pas mieux à leurs yeux.
Mon boulot les fait marrer, même s’ils se défendent de juger les gens sur leur catégorie socio-professionnelle. Caissière, le comble de la misère intellectuelle.
Ils ont ri quand je leur ai dit que je m’amusais à deviner la vie des gens au contenu de leur caddie. Ridicule. Je suis comme ça, ridicule, on dirait.
Pourtant, on est pareils. Tous à chercher la même chose: combler du vide. Tromper l’ennui. Rompre le face-à-face insupportable avec soi-même.
C. me plait physiquement. Je ne sais pas pourquoi. De tous, c’est celui qui me malmène le plus. Je préfère ça a de l’indifférence polie. De toutes façons, quoique je fasse, je serais toujours une conne sympathique à ses yeux.
Donc, je ris à ses blagues, même quand j’en suis l’objet. J’acquièce gentiment à ses théories de pochtron.
Je suis sûre qu’un jour il va se laisser aller... Etre lui-même. Tout ce qu’il déteste. Ce sera avec moi. La gentille gourde qui ne ferait pas de mal à une mouche.
En attendant, je me sens assez mal. J’ai oublié mes lunettes chez lui cette nuit. On peut appeler ça un acte manqué.
Il va penser que c’était volontaire.
J’y vais. On verra...


Par Jeromfan
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Vendredi 11 novembre 2005
Me voilà rentrée.
Je retrouve mon univers trop connu, mes amis tellement prévisibles. Je vais ressortir mes vieux Pixies, Bowie, Deus et les Red Hot.
De toutes façons, je n’arriverais pas à me mettre au jazz ni à écouter Macéo Parker sans penser à lui.
Le concert était sublime. Je n’avais jamais entendu ça. Les vibrations dans la salle étaient très différentes de celles d’un concert rock. La même intensité mais sans l’agressivité. Plus de force et de profondeur, et le rythme irresistible, naturel, sans violence.
Je le sentais frémir à côté de moi. Je regardais sa main, sur la mienne, et le haut de son bras se couvrir de frissons.
Il se tournait de temps à autres vers moi et me souriait, les yeux brillants, visiblement heureux de me faire découvrir tout ça.
Ensuite, nous sommes allés boire un verre en ville. Je me sentais perdue. Je le sentais aux aguets, prévenant, presque trop.
Nous sommes rentrés chez lui. Nous avons fait l’amour.
C’était bon et étrange à la fois. Comme si chacun de nous était surpris de découvrir le corps de l’autre et sa façon d’aimer. Les habitudes que lui avait prises avec sa femme. Celles que moi j’avais prises avec L.
Tout était fort et troublant et déstabilisant aussi.
Il a été tellement plus tendre et à l’écoute que ne l’était L. et j’ai senti que mon audace le surprenait.
La nuit fut courte et pleine d’étoiles.
La journée n’en a été que plus difficile.
Nous nous sommes promenés, comme de jeunes amoureux ordinaires. Et au fil des heures, c’est comme si les fils tout neufs qui nous unissaient se rompaient un à un. Nos conversations légères et nos silences complices se muaient en phrases sans vie et blancs gênés.
Comme s’il dressait des murs invisibles et glaçants entre nous.
Je cherchais sa main au moment où il l’enlevait. J’ai fini par fuir son regard et lui le mien.
Sur la route de la gare, je l’ai observé à la dérobée. Ses mains fortes et douces sur le volant, son profil soucieux, ses yeux bleus plus sombres que je ne les avais vus jusqu’alors... tout me plaisait mais je savais que tout était terminé. A moins que?
Il m’a serrée si fort dans ses bras, sur le quai... Nous n’avons parlé ni l’un ni l’autre. Je n’aurais pas cru que l’on puisse se séparer dans un tel silence.
Me voici rentrée.
J’aurais aimé l’appeler, pour lui dire merci, simplement, pour Macéo Parker... mais L., après avoir saturé mon répondeur durant ce week-end, a décidé de me harceler dès mon retour, entreprise de re-séduction maladroite.

Qu’il me laisse le temps de pleurer la fin de mon coup de foudre.
Par Jeromfan
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Vendredi 11 novembre 2005
Demain, je pars en week-end chez mes parents.

Penser à:
Vérifier que les brûleurs de la cuisinière sont bien fermés
Eteindre la chaudière.
Fermer tous les radiateurs.
Couper le gaz.
Vérifier que tous les robinets sont bien fermés.
Fermer l’arrivée d’eau de la machine à laver.
Couper l’eau.
Vérifier que tous les appareils sont bien éteints.
Couper l’électicité.
Baisser les volets roulants et les bloquer.
Fermer la porte à triple tour.

Ne pas oublier de:
Mettre mon désinfectant-main, des mouchoirs, des Dolipranes,la lacrymogène dans mon sac.
Prendre mes papiers.
NE PAS OUBLIER MON BILLET DE TRAIN.
NE PAS OUBLIER LE N° de papa et maman.

Ai vérifié 4 fois. Je pars bien à 10H22 de Matabiau.
Je dois prendre le L à 8H47. Comme ça, suis sûre d’arriver avant 9H30.
Je dois donc partir à 8H15 pour être sûre d’être à l’abribus avant 8H35.
Je dois donc me lever à 6H.
NE PAS OUBLIER MA MONTRE.
NE PAS OUBLIER DE METTRE MON REVEIL.

De toutes façons je ne vais pas dormir.

Je crois que je vais annuler.
Par Jeromfan
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Vendredi 11 novembre 2005
Lundi.

Ça a recommencé ce week-end. J’écoute de la musique très fort pour ne pas l’ entendre. Mais je l’entends.
La semaine dernière, j’ai rencontré une femme chez des amis, des rares qui m’invitent encore depuis que j’ai "pété les plombs" comme ils disent.
J’avais arrêté l’Haldol et je supportais bien. Pas de voix. Je me sentais bien, étonnamment éveillé, clair.
Je ne l’avais jamais vue. Pas un canon comme je pouvais prétendre les séduire avant que "ça" se voit sur mon visage, mais une femme au sourire communicatif, aux yeux brillants et au charme presque palpable.
Elle savait qui j’étais et au début, je la sentais réticente. Mais j’attrapais souvent son regard posé sur moi. Et ce n’était pas seulement un regard curieux.
Je suis allé lui parler, simplement. Et il s’est passé quelque chose. Tout de suite. Nous avons discuté toute la nuit, troublés et excités de nous sentir si proches.
Je l’ai raccompagnée chez elle et nous nous sommes embrassés.
Je suis parti en dansant, comme un gentleman, alors que quelques mois plus tôt, je n’aurais pas pu m’empêcher de la sauter pour mieux l’oublier.
Vendredi, j’ai pensé à elle toute la journée.
Le soir, j’ai eu l’impression diffuse que je n’étais pas le seul.
Elle m’a appelé. Elle devait passer le week-end avec sa famille.
J’ai fait des cauchemars. Me suis réveillé en nage.
Et samedi, je L’ai entendu. Distinctement. Il m’a parlé d’elle. Il m’a dit qu’elle était l’Elue.
Je ne savais pas trop ce que ça signifiait: l’Elue, pour moi? L’Elue pour Lui?
J’ai appelé Daniel. Il m’a dit qu’il fallait que je passe le voir, tout de suite, et que je reprenne mes gouttes. Je lui ai dit "Oui oui", tandis que l’Autre me hurlait qu’il aille se faire mettre.
Il ne s’est arrêté de hurler que quand j’ai cessé de lutter et décidé de ne pas bouger de chez moi.
J’ai profité de ce moment d’accalmie pour me ruer sur l’Haldol.
J’ai dû trop en prendre.
Je n’ai pas dormi, mais j’ai traîné. Je n’ai rien fait. Et les heures ont filé, poisseuses, grasses, écoeurantes.
Quand mes idées se sont éclaircies enfin, j’ai décidé de ne pas en reprendre.
Si je veux la revoir, je ne peux pas me remettre à vivre et penser au ralenti. Il faut que je puisse la suivre.
Il a acquiescé: "Tu dois la revoir, c’est l’Elue"
Il a ajouté: "Tu pourrais crever pour elle, et ça serait peut-être pas plus mal".
Daniel prétend qu’Il n’existe pas. Les médecins sont tous pareils, ils ne croient que ce qu’ils voient.
Il est bien réel. Et il dit la Vérité: "On veut m’étouffer en te faisant prendre ces merdes. Et on t’étouffe par la même occasion. Quitte à crever, choisis bien ta cause".
Dommage qu’il n’arrête jamais de parler et me prenne la tête à essayer de me convertir à ses trucs mystiques.
Il s’est tu quand je l’ai appelée.
Je vais la revoir.
Je pourrais mourir pour elle.

Par Jeromfan
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